RDC : l’APC appelle à la raison et au dialogue pour une paix durable

À l’occasion de la Journée mondiale de la consolidation de la paix et de la résolution des conflits célébrée ce lundi 20 octobre 2025, le directeur exécutif de l’Action pour la Paix et la Concorde (APC), Déogratias Buuma Bitalya, a tiré la sonnette d’alarme sur la montée des violences dans le monde et plaidé pour un retour au dialogue comme seul chemin vers une paix durable.
Depuis le bureau provincial de l’APC à Bukavu, Déogratias Buuma a dressé un constat inquiétant de la situation mondiale, marquée par la guerre entre Israël et la Palestine, le conflit en Ukraine, les violences au Soudan et l’instabilité persistante en République démocratique du Congo.
Selon lui, « le monde devient de plus en plus fou et instable, les populations ne savent plus à quoi ressemblera le lendemain ». Malgré ce tableau sombre, il garde espoir. « La guerre a échoué, et seule la paix permet aux peuples de s’asseoir, d’échanger et de bâtir ensemble leur avenir », a-t-il affirmé.
Présente depuis plus de trois décennies dans le domaine humanitaire et de la consolidation de la paix, l’APC mise avant tout sur l’écoute des communautés et la prévention des conflits. « Notre première stratégie, c’est d’écouter les cris d’alarme des populations affectées par les violences et d’analyser avec elles les causes profondes des tensions », a expliqué Deogratias Buuma.
Cette approche participative permet à l’organisation de concevoir des propositions concrètes soumises ensuite à des partenaires nationaux et internationaux. Grâce à cette méthode, l’APC est aujourd’hui active dans plusieurs provinces du pays, notamment au Sud-Kivu, Nord-Kivu, Ituri, Kasaï, Kwilu, Congo central et Kinshasa.
Parmi ses interventions phares figure le Projet Avenir, mis en œuvre avec le ministère de l’Agriculture. Ce programme vise à renforcer l’autonomisation rurale à travers la promotion de l’entrepreneuriat agricole et de la résilience face au changement climatique.
L’objectif est de réduire la dépendance à l’aide humanitaire et d’inciter les populations à s’engager dans des activités agricoles durables. En Ituri, l’APC mène également des projets de stabilisation communautaire financés par des partenaires britanniques, afin de renforcer la cohésion sociale et prévenir la manipulation des jeunes.
L’organisation intègre pleinement les femmes et les jeunes dans ses actions de terrain. Les structures communautaires mises en place sont majoritairement composées de jeunes, et 40 % des postes de responsabilité sont réservés aux femmes.
Celles-ci participent activement à la prévention des conflits, au relèvement socio-économique et à la promotion du vivre-ensemble à travers les mutuelles de solidarité et les forums de paix. Pour M. Buuma, la femme joue un rôle fondamental, à la fois mère, éducatrice et actrice de transformation, elle détient une part essentielle dans la reconstruction des communautés.
Malgré ces réussites, plusieurs défis freinent encore les efforts de paix.
Deogratias Buuma cite notamment la persistance des conflits armés à l’Est du pays, le déplacement massif des populations, la rupture entre l’Est et l’Ouest de la RDC et la rareté des financements. « La guerre en Ukraine, le conflit au Proche-Orient et les crises en Afrique détournent l’attention des bailleurs de fonds. Le Congo devient un orphelinat humanitaire manquant de ressources », a-t-il déploré.
Il regrette également la faible application du principe de localisation de l’aide, qui empêche les ONG locales d’accéder directement aux financements nécessaires. Il appelle le gouvernement congolais à soutenir et financer les organisations nationales pour renforcer leur autonomie et la qualité de leurs interventions.
Deogratias Buuma a en fin, exhorté les Congolais à garder espoir et à unir leurs forces pour construire un avenir meilleur. « Le courage et l’espérance doivent nous guider. Nous devons œuvrer ensemble pour que la guerre cesse, pour que règnent la cohésion, la justice et la paix », a-t-il déclaré.
Il a salué la résilience des populations transfrontalières de la région des Grands Lacs, restées soudées malgré les manipulations politiques, et les a encouragées à continuer de rejeter la haine et les divisions.
« Le peuple veut mieux que ce qu’il vit aujourd’hui. La paix, c’est le pont vers le développement et le bien-être des nations », a conclu le directeur exécutif de l’APC.
Pascal Mushiarhamina



