Forum de la société civile au Sud-Kivu : l’Accord de Doha confronté aux urgences humanitaires et psychosociales

La deuxième journée du Forum d’échanges sur la réconciliation et la paix au Sud-Kivu, tenue mardi le 16 décembre 2025 à Bukavu, a porté sur les défis humanitaires et psychosociaux, identifiés par les participants comme des leviers essentiels pour une mise en œuvre effective de l’Accord-cadre de Doha signé le 15 novembre 2025.
Les débats ont mis en lumière la nécessité de rouvrir les couloirs humanitaires et de renforcer l’accompagnement psychosocial des victimes des conflits armés. Pour les intervenants, l’accès à l’assistance humanitaire et la reconstruction morale des populations affectées constituent des préalables indispensables à toute dynamique de paix durable et de réconciliation.
Les participants ont souligné que les personnes les plus touchées par l’insécurité vivent majoritairement dans des zones enclavées et difficiles d’accès, où l’aide humanitaire parvient rarement. Face à cette réalité, des initiatives sont en cours pour améliorer la prise en charge psychosociale, avec au moins cinq centres thérapeutiques déjà opérationnels afin d’apporter un soutien aux victimes des violences et des déplacements forcés.
Le Forum a également insisté sur la protection des infrastructures sanitaires et humanitaires. Un appel a été lancé à l’ensemble des parties impliquées dans les conflits pour le respect des centres de santé, du personnel soignant et des populations civiles, condition jugée indispensable à l’application effective de l’Accord de Doha.
Par ailleurs, l’identification des victimes et la documentation des violations ont été présentées comme des étapes majeures dans la reconnaissance des souffrances endurées. Les échanges ont rappelé l’existence du Rapport Mapping des Nations Unies couvrant la période de 1993 à 2003, considéré comme le seul document de cette envergure, en l’absence de rapports similaires malgré la persistance des violences dans l’est de la RDC.
Si ce rapport décrit de manière détaillée les crimes commis durant cette période, l’absence de désignation nominative des auteurs présumés continue d’alimenter les débats. Selon certains intervenants, cette approche vise à prévenir de nouvelles tensions et d’éventuelles représailles dans un contexte encore marqué par la fragilité sécuritaire.
Au terme des discussions, un consensus s’est dégagé autour d’un constat partagé. Sans accès humanitaire sécurisé, sans accompagnement psychosocial durable et sans actions concrètes en faveur des victimes, les efforts de paix resteront précaires.
Pour les participants, l’Accord de Doha ne produira des effets durables que s’il répond de manière concrète aux besoins réels des populations affectées par les conflits.
François Ishaka



