ActualitésHumanitaireSécurité

Fizi : une crise humanitaire majeure avec plus de 900 000 déplacés internes sur fond d’insécurité persistante

La situation sécuritaire dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, continue de se détériorer, plongeant la population dans une crise humanitaire de grande ampleur. Les violences armées récurrentes ont entraîné une multiplication des déplacements de civils à travers plusieurs zones du territoire.

Depuis plusieurs mois, les affrontements entre groupes armés et forces régulières fragilisent gravement la stabilité locale. Les habitants, pris au piège de ces combats, fuient leurs villages dans la précipitation, abandonnant leurs biens et moyens de subsistance. « Nous avons fui Uvira dans la peur, sans rien emporter. Aujourd’hui, nous vivons dans des conditions très difficiles », témoigne Fazili Lwango, une déplacée ayant quitté la ville avant sa prise.

Cette instabilité persistante a progressivement dégradé les conditions de vie, avec une pression accrue sur des infrastructures sociales déjà limitées et un accès difficile aux services de base.

La situation humanitaire s’aggrave de jour en jour, alors que les communautés d’accueil peinent à absorber l’arrivée massive de déplacés dans des conditions souvent précaires.

Selon des informations parvenues à notre rédaction, l’administrateur du territoire de Fizi, Kalonji Badibanga Samy, alerte sur une crise d’une ampleur critique marquée par plus de 900 000 déplacés internes.

Selon lui, cette situation découle notamment de la prise de la ville d’Uvira le 16 décembre 2025 par les éléments de l’AFC/M23, un événement qui a déclenché d’importants mouvements de populations vers le territoire de Fizi.

Il précise également que les affrontements survenus entre février et mars 2026 dans plusieurs villages du secteur de Tanganyika, notamment à Makobola 2, Bangwe, Kasekezi et Munene, ont aggravé la crise. Ces combats ont opposé les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les Wazalendo, aux éléments de l’AFC/M23.

Pour le chef de secteur de Tanganyika, « la situation sécuritaire reste très préoccupante dans plusieurs localités, où les affrontements récurrents continuent de provoquer des déplacements massifs de la population », a-t-il déclaré. Il appelle le gouvernement congolais à renforcer d’urgence la présence de l’État dans la zone et exhorte les forces de sécurité à intensifier les opérations de protection des civils afin de restaurer l’autorité et la stabilité.

Par ailleurs, ces violences répétées ont contraint des milliers de familles à fuir leurs habitations dans l’urgence, accentuant ainsi la pression humanitaire dans plusieurs zones du territoire.

Dans les hauts plateaux de Minembwe, la poursuite des hostilités a également provoqué de nouveaux déplacements massifs de civils vers des zones jugées plus sûres.

De même, la prise du chef-lieu du secteur d’Itombwe par l’AFC/M23 a entraîné un nouvel afflux de populations déplacées vers le secteur de Lulenge, aggravant davantage la situation.

D’après l’administrateur du territoire de Fizi, celui-ci est désormais devenu le principal épicentre d’accueil des déplacés internes dans la région du Sud-Kivu.

Ces derniers sont répartis sur cinq principaux axes, notamment Makobola, le littoral du lac Tanganyika, Fizi Centre, Sebele-Nemba et Lulimba-Kilembwe, où les conditions de vie restent extrêmement précaires.

Sur le plan humanitaire, certaines organisations partenaires interviennent déjà sur l’axe de Makobola, tandis que plusieurs autres zones attendent encore une assistance structurée et élargie.

L’administrateur du territoire précise que les opérations de ciblage des bénéficiaires se poursuivent afin de permettre une meilleure coordination de l’aide humanitaire.

Cependant, les besoins restent immenses et urgents, notamment en matière d’abris, de vivres et non-vivres, d’accompagnement psychosocial des personnes traumatisées ainsi que de prise en charge des femmes enceintes et des enfants.

Les déplacés font également face à un manque criant d’infrastructures sanitaires et à un accès limité à l’eau potable, ce qui accentue les risques sanitaires dans les sites d’accueil.

Face à cette crise multidimensionnelle, Kalonji Badibanga Samy appelle à une mobilisation urgente et renforcée du gouvernement congolais ainsi que des partenaires humanitaires afin d’apporter une réponse rapide, coordonnée et durable à cette situation humanitaire critique.

Pascal Mushiarhamina 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *