Bukavu : Les flammes avancent, les réponses tardent

La ville de Bukavu semble prise dans une spirale de feu que rien ne vient freiner. Les incendies se succèdent, les quartiers brûlent et les habitants se retrouvent à reconstruire sur des cendres encore chaudes.
Le dernier drame en date, survenu le 1ᵉʳ août 2025 dans le quartier Nkafu à Kadutu, vient alourdir une série déjà trop longue de sinistres récents dans d’autres zones comme Panzi et Irambo.
Les scènes se répètent avec une régularité déconcertante. Des maisons en flammes, des cris, des familles fuyant avec ce qu’elles peuvent sauver. À Panzi, à la veille du mois d’août, un autre incendie s’est déclaré à quelques mètres de l’école La Vertu 2.
Irambo, quant à lui, a été touché à trois reprises en moins d’un mois. Ce schéma laisse penser à une fatalité… ou à une négligence profondément enracinée.
Aucune perte humaine n’est encore à déplorer, mais les dégâts matériels sont considérables et les conséquences humaines tout aussi graves. Derrière les murs calcinés, il y a des vies dévastées, des enfants sans toit, des biens accumulés pendant des années réduits en poussière en quelques minutes.
Les victimes sont, dans la grande majorité, issues des milieux les plus précaires. Elles habitent des constructions fragiles, souvent entassées, mal équipées, sans issue de secours ni précautions de base contre les incendies.
Depuis le début de juillet, les quartiers de Bukavu semblent suivre une trajectoire de feu presque prévisible. Pourtant, aucune réponse structurée n’émerge. Les sinistres sont à peine documentés, les causes rarement élucidées et les leçons jamais tirées.
Le manque d’un système d’alerte ou de plan d’évacuation renforce la vulnérabilité des zones les plus exposées. Même l’intervention d’urgence, pourtant cruciale, se heurte à des obstacles logistiques et techniques.
Les habitants n’attendent pas des discours. Ils espèrent des gestes simples mais concrets de la prévention, des équipements, de l’accompagnement, et surtout, de la considération.
Au-delà du feu, c’est l’impression d’abandon qui consume les esprits. Une indifférence ambiante qui fait presque autant de ravages que les flammes elles-mêmes.
À Bukavu, les incendies ne brûlent pas seulement les murs. Ils ravivent le sentiment d’insécurité, de solitude et d’impuissance.
Et tant que rien ne bouge, les cendres continueront de s’amonceler sur une ville qui réclame, dans l’urgence, bien plus que des mots.
Pascal Mushiarhamina



