Salamabila : MSF tire la sonnette d’alarme face aux violences sexuelles et appelle à la relève

Depuis 2019, Médecins Sans Frontières a pris en charge plus de 16 400 survivantes et survivants de violences sexuelles dans la région de Salamabila, province du Maniema. Ce chiffre traduit l’ampleur d’une crise souvent ignorée et révèle une urgence de santé publique persistante dans l’est de la RDC.
À la veille de son départ prévu fin octobre 2025, l’organisation alerte sur la nécessité d’assurer la continuité de la prise en charge. Confrontée à une baisse drastique des financements et à de nouvelles urgences dans l’est du pays, MSF appelle les autorités, bailleurs et partenaires humanitaires à prendre le relais afin de préserver les acquis.
Depuis six ans, MSF a mis en œuvre une approche décentralisée grâce aux Agents de Santé Reproductive, des femmes issues de la communauté, souvent elles-mêmes survivantes.
Formées pour offrir des soins médicaux et psychosociaux gratuits et confidentiels, elles ont permis à des milliers de victimes d’accéder rapidement à une prise en charge. En 2024, les trois quarts des cas recensés à Salamabila l’ont été par ces agentes, illustrant l’efficacité de ce modèle.
« La première fois, je rentrais du champ… Une agente m’a écoutée, m’a donné un médicament et m’a orientée vers l’hôpital. J’ai été soignée gratuitement », témoigne une survivante.
Outre les soins médicaux et psychologiques, MSF a mené des actions de sensibilisation, notamment à travers l’“école des maris” qui a touché plus de 1 500 hommes. L’objectif était de combattre la stigmatisation des femmes violées et de rappeler qu’un viol n’est pas une infidélité mais une violence subie.
Selon MSF, cette initiative a permis à plusieurs hommes d’accompagner désormais leurs épouses dans la recherche de soins.
Malgré ces avancées, les risques restent élevés. Sans traitement dans les 72 heures, les survivantes courent un risque d’infection par le VIH et dans les 120 heures celui d’une grossesse non désirée. Une prise en charge holistique demeure donc vitale pour la santé physique et mentale des victimes.
« Ce que je redoute, c’est un retour à la case départ. Une fois que MSF se retirera, il n’y aura plus de prise en charge complète, ni même de soutien psychosocial », avertit le médecin chef de zone Charles Bamavu.
Le Maniema, marginalisé dans la répartition des financements humanitaires, n’a reçu que 2,5 % des fonds du Fonds Humanitaire de la RDC en 2024. Le contexte sécuritaire instable des Kivu voisins et l’enclavement de la zone, accentué par la fermeture de l’aéroport de Bukavu, aggravent encore la vulnérabilité des populations.
Pour MSF, le modèle développé à Salamabila est « réplicable, efficace et vital ». L’organisation estime que les objectifs initiaux du projet sont atteints mais appelle à une mobilisation urgente pour assurer la continuité des soins.
« Après toutes ces années, nous devons faire le choix difficile de concentrer nos moyens sur d’autres urgences. Mais les besoins à Salamabila demeurent. Les acteurs nationaux et internationaux doivent agir et prendre le relais », souligne Idrissa Campaore, responsable des programmes MSF dans le Maniema.
La fin de la mission de MSF marque une étape critique pour Salamabila. Sans une relève efficace, les survivantes de violences sexuelles risquent de voir disparaître un dispositif qui, au fil des années, a sauvé des milliers de vies.
Rédaction



