Pétition contre Kamerhe : L’Assemblée nationale n’a pas encore fini avec ses démons ?

Une nouvelle affaire discrédite l’Assemblée nationale de la RDC. La pétition visant à destituer le président de l’institution, Vital Kamerhe, censée illustrer un exercice démocratique de contrôle, est aujourd’hui au centre d’un scandale qui met à nu les failles persistantes de la chambre basse du Parlement.
En effet, plusieurs irrégularités flagrantes ont été relevées dans un document présenté comme l’expression de la volonté d’une partie des élus.
Parmi elles figurent la signature d’un non-député, Mulumba Kanyinda, l’inscription d’un député sans son paraphe, Titan Kalonji Antoine, un doublon attribué à Mulamba Mande Jerry dont le nom apparaît à deux reprises sous deux orthographes différentes, ainsi qu’un lot d’au moins 25 signatures jugées suspectes à l’issue d’une vérification minutieuse avec les fiches officielles d’identification des députés.
Ces révélations ternissent la crédibilité d’un instrument censé être l’outil de contrôle et de reddition de comptes par excellence. Pour beaucoup d’observateurs, cette pétition ressemble moins à une initiative sérieuse qu’à une manœuvre politicienne.
L’Assemblée nationale n’en a pas encore fini avec ses démons.
D’aucuns parlent d’un “document bâclé” qui, loin de renforcer la démocratie parlementaire, expose les fragilités d’un hémicycle encore en proie à ses vieux démons notamment l’amateurisme, la manipulation et l’absence de rigueur institutionnelle.
Aussi, ce n’est pas la première fois que l’Assemblée nationale se retrouve empêtrée dans des scandales liés à la gestion des pétitions. La mémoire collective garde encore en souvenir les précédentes crises où des procédures bâclées et des signatures douteuses avaient déjà suscité la polémique.
En cela, la répétition de ces pratiques alimente l’idée que la chambre basse peine à se départir d’une culture de l’approximation et du calcul politique à courte vue.
La question qui se pose désormais est celle de la finalité de cette initiative. S’agit-il d’une véritable volonté de sanctionner le président de l’Assemblée pour sa gestion ou d’une tentative de fragilisation politique savamment orchestrée ? Dans tous les cas, le scandale rejaillit sur l’ensemble de l’institution et affaiblit la confiance de l’opinion publique dans ses élus.
La Commission temporaire chargée d’examiner la pétition doit rendre ses conclusions dans les prochains jours. Mais déjà, les irrégularités pointées suffisent à jeter une ombre lourde sur le processus.
Si l’affaire venait à se confirmer, elle révélerait une fois de plus que l’Assemblée nationale congolaise, loin d’être le temple de la démocratie, demeure un espace où se rejouent constamment des luttes de pouvoir souvent au détriment de la transparence et de la crédibilité institutionnelle.
Pascal Mushiarhamina


