Sud-Kivu : jusqu’où faudra-t-il attendre avant d’agir face à la multiplication des incendies ?

Des maisons réduites en cendres, des familles plongées dans le désarroi, des écoles frappées par les flammes et des enfants parmi les victimes. À Bukavu comme dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, la multiplication des incendies est devenue une véritable préoccupation qui exige désormais des réponses concrètes.
La journée du jeudi 10 septembre 2026 a particulièrement marqué les esprits à Bukavu. Un incendie déclenché vers 8 heures dans le quartier Mosala, sur l’avenue Maendeleo/Funu B, s’est propagé vers Kasheke 3 et a touché les écoles Ujamaa et Furaha, communément appelées « Kwa Mogo ».
La panique aurait provoqué une importante bousculade parmi les élèves. Le mouvement citoyen Machozi ya Raïya évoque un bilan provisoire d’environ 29 enfants décédés, une information qui reste toutefois à confronter aux données officielles.
Le bilan matériel est également lourd. Près de 120 maisons auraient été détruites dans cette zone avant que le feu ne soit maîtrisé vers 11 heures grâce notamment à l’intervention des jeunes. Peu après, un autre incendie s’est déclaré sur l’avenue Lugulu, dans le quartier Cimpunda, derrière l’école primaire Kiriza.
Près de 180 maisons auraient été touchées, sans perte en vie humaine signalée. Un troisième foyer a ensuite été rapporté vers Elila Kihembwe, non loin de l’ONL, où l’intervention des secours aurait été compliquée par l’accès difficile.
Ces événements ne constituent malheureusement pas des faits isolés. À Kabungo, dans le groupement de Mudusa, 21 maisons ont été réduites en cendres le même jeudi et plus d’une dizaine d’autres auraient été démolies pour empêcher la progression des flammes.
À Rugohwa, dans le territoire de Walungu, deux maisons ont également été détruites dans la nuit du 9 au 10 septembre, avec plusieurs biens de valeur calcinés. Une défaillance électrique est évoquée comme cause présumée, sans qu’une enquête ne l’ait encore définitivement établie. Un nouvel incendie a par ailleurs été signalé ce vendredi 11 septembre à Panzi, sans décès rapporté.
Cette succession de sinistres, dans un contexte où plusieurs centaines de maisons auraient déjà été consumées à Bukavu depuis le début du mois, devrait imposer une véritable remise en question des mécanismes de prévention et de secours.
Les difficultés d’accès à certains quartiers, l’état des installations électriques, la forte densité des habitations et l’insuffisance des moyens de lutte contre les incendies constituent autant de facteurs qui méritent une attention urgente.
Il devient surtout indispensable de déterminer les causes réelles de ces incendies. Les hypothèses ne manquent pas, mais seules des enquêtes sérieuses permettront de distinguer les défaillances électriques, les imprudences domestiques, les problèmes d’urbanisation ou d’autres facteurs éventuels. La population a besoin de réponses fiables, et non de rumeurs.
L’urgence est désormais de passer de la réaction à la prévention. Les installations à risque doivent être contrôlées, les établissements scolaires mieux sécurisés, les populations sensibilisées et les services de secours dotés de moyens suffisants pour intervenir rapidement. L’accessibilité des quartiers doit également être prise en compte dans l’aménagement urbain.
La solidarité des jeunes et des communautés, souvent en première ligne face aux flammes, mérite d’être saluée. Mais leur courage ne peut se substituer à un dispositif public efficace de prévention et de protection.
Le Sud-Kivu ne devrait pas attendre un nouveau bilan tragique pour agir. Chaque maison détruite est un avertissement, chaque école menacée est un signal d’alarme et chaque vie perdue rappelle le prix de l’impréparation.
Les autorités, les services techniques, la Protection civile, les établissements scolaires, les acteurs du secteur électrique, les organisations humanitaires et les communautés doivent unir leurs efforts autour d’une priorité absolue, protéger les vies avant de compter les victimes.
Car lorsque les incendies deviennent récurrents, le véritable danger n’est plus seulement la puissance des flammes. C’est aussi le risque de s’habituer aux cendres et de laisser l’inaction devenir une réponse.
Rédaction



