ActualitésSanté

Ituri : à Plaine Savo, 76 000 déplacés confrontés à une grave crise humanitaire et à la menace d’Ebola

Environ 76 000 personnes déplacées vivent actuellement sur le site de Plaine Savo, près de Fataki, dans la province de l’Ituri. Fuyant les violences armées, ces familles restent largement confinées dans le camp, où elles font face à des conditions de vie précaires, au manque de nourriture et d’eau potable, ainsi qu’à des risques sanitaires importants.

Le déplacement massif de cette population fait notamment suite aux affrontements survenus en décembre dernier à Bule, entre le groupe armé Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Parmi les déplacés figure Antoinette, 60 ans, qui affirme avoir perdu sa maison et des proches dans les violences. Arrivée à Plaine Savo il y a huit mois, elle dit avoir passé plusieurs jours sans abri avant de construire une petite hutte avec du bois, du plastique et de la paille.

La situation demeure particulièrement difficile sur ce site surpeuplé, où l’insécurité limite encore les déplacements vers les champs, les marchés et les points d’eau. Cette situation prive de nombreuses familles de leurs moyens de subsistance et complique également l’accès des organisations humanitaires.

Depuis décembre, seules deux distributions alimentaires ont notamment été organisées, selon Médecins sans frontières (MSF).

Face à cette précarité, MSF a installé en février un poste de santé pour assurer des soins essentiels. La structure prend notamment en charge les enfants, les femmes enceintes, les personnes souffrant de malnutrition ou de maladies diverses, ainsi que les survivants de violences sexuelles.

Une moyenne de 60 survivants de violences sexuelles y sont pris en charge chaque mois depuis six mois, tandis qu’environ sept personnes blessées par balle ou par arme blanche y sont reçues chaque semaine. Le manque d’accès aux champs et à une alimentation suffisante favorise également la malnutrition. En moyenne, neuf cas de malnutrition aiguë sont admis chaque semaine au poste de santé.

La possibilité, désormais accordée à l’ambulance de MSF, de transférer les cas graves vers l’Hôpital général de référence de Fataki, situé à environ 15 kilomètres, a par ailleurs permis d’améliorer la prise en charge des urgences, notamment obstétricales.

À cette crise humanitaire s’ajoute la menace liée à l’épidémie d’Ebola déclarée en Ituri en mai. Trois cas confirmés ont déjà été détectés à Plaine Savo et référés vers l’unité de traitement installée par MSF à l’Hôpital de Fataki. Sur place, la forte promiscuité des abris et les insuffisances en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène font craindre une propagation rapide du virus.

Depuis février, MSF a construit 311 latrines et renforcé l’approvisionnement en eau potable par camions-citernes, en attendant la finalisation de neuf nouveaux forages. L’organisation estime toutefois que ces efforts restent insuffisants au regard des besoins de la population.

MSF appelle ainsi à un renforcement urgent de la réponse humanitaire à Plaine Savo, notamment à travers une augmentation des distributions alimentaires et d’articles essentiels, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, ainsi que le renforcement des mécanismes de protection des personnes vulnérables.

Pour Trish Newport, coordinatrice des urgences de MSF, la situation à Plaine Savo constitue l’une des crises humanitaires les plus préoccupantes observées ces dernières années.

L’organisation estime qu’une mobilisation accrue des acteurs humanitaires est indispensable pour préserver la vie, la dignité et la sécurité des milliers de personnes déplacées, tout en limitant le risque d’une propagation d’Ebola dans le site.

Rédaction

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *