RDC : Universités suspendues à Goma et Bukavu, une décision qui pourrait renforcer les arguments de l’AFC-M23

La décision du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans 11 établissements publics de Goma et de Bukavu continue de susciter des réactions.
Annoncée mardi 25 août 2026, cette mesure intervient dans deux villes contrôlées par l’AFC-M23 depuis plusieurs mois et concerne également 48 membres du personnel académique retirés des listes de paie pour avoir, selon Kinshasa, accepté des nominations effectuées par les autorités de fait.
Au-delà de la sanction administrative, c’est surtout la pertinence de cette décision qui alimente le débat. Des acteurs de la société civile s’interrogent sur le choix de suspendre les activités universitaires alors que les écoles secondaires, publiques comme privées, poursuivent leur fonctionnement.
Si la situation sécuritaire justifie une telle mesure dans l’enseignement supérieur, ils estiment que le gouvernement devrait expliquer pourquoi les élèves du secondaire seraient moins exposés aux mêmes risques.
Cette orientation intervient dans un contexte où la présence effective de l’État congolais s’est déjà considérablement réduite dans les zones occupées. La fermeture ou la perturbation de certains services essentiels, notamment dans les secteurs bancaire, judiciaire et routier, avait déjà suscité des inquiétudes.
L’arrêt des activités académiques dans les établissements publics pourrait ainsi être perçu comme une nouvelle étape dans le recul des services de l’État auprès de la population.
L’incompréhension est d’autant plus grande que Kinshasa avait récemment permis aux élèves de Goma et de Bukavu de participer aux épreuves de l’Examen d’État. Après avoir accompagné ces jeunes jusqu’à l’obtention de leur diplôme, l’État risque aujourd’hui de les laisser sans perspective immédiate dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur.
Cette situation pose une question de cohérence dans la politique nationale face à l’occupation et renvoie au droit à l’éducation garanti par la Constitution.
Une suspension durable pourrait surtout produire des conséquences qui dépassent le cadre universitaire. Des milliers d’étudiants risquent de voir leur formation interrompue, tandis que les enseignants et autres personnels concernés pourraient être confrontés à une importante précarité.
Pour les familles qui ont déjà supporté les conséquences des conflits armés, une nouvelle interruption du parcours académique représenterait une charge supplémentaire.
L’enjeu devient encore plus sensible si cette mesure devait s’inscrire dans la durée. À force de retirer progressivement les services publics des territoires occupés, Kinshasa pourrait donner, malgré lui, l’impression que l’État renonce à y exercer ses prérogatives.
Une telle évolution pourrait être interprétée par une partie de l’opinion nationale et internationale comme une forme de normalisation progressive d’une situation que le gouvernement affirme pourtant vouloir combattre.
Sur le plan politique, une décision durable pourrait également avoir un effet inattendu sur la perception des revendications portées par l’AFC-M23. Si, aux yeux de l’opinion internationale, les mesures prises par Kinshasa finissent par confirmer certaines réalités dénoncées depuis longtemps par son adversaire, celui-ci pourrait apparaître comme ayant eu raison sur certains constats.
Cela ne signifie aucunement que la prise des armes, les violences ou l’occupation de territoires soient légitimes, mais plutôt que des décisions précipitées ou mal expliquées peuvent involontairement renforcer la communication et les arguments de l’adversaire.
La responsabilité de Kinshasa consiste donc désormais à éviter que des mesures présentées comme temporaires ne deviennent les signes d’un désengagement durable. Restaurer l’autorité de l’État dans l’Est ne devrait pas seulement passer par des sanctions administratives, mais aussi par la recherche d’une solution politique et sécuritaire durable, la protection des citoyens et le maintien des services essentiels.
À Goma et à Bukavu, l’avenir des universités constitue ainsi un enjeu plus large qui touche à la souveraineté, à l’éducation et à la capacité de l’État congolais à rester présent auprès de sa population.
Raphaël Lwango



