Nord-Kivu : MSF alerte sur l’aggravation de la malnutrition sur fond de conflit et de baisse des financements

La crise humanitaire reste préoccupante au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, où les conflits, les déplacements de populations et la baisse des financements humanitaires aggravent l’insécurité alimentaire et la malnutrition.
Dans plusieurs zones, les familles déplacées perdent l’accès à leurs terres agricoles, à leurs revenus et aux services essentiels, tandis que les difficultés d’approvisionnement contribuent à la hausse des prix des denrées.
Médecins sans frontières (MSF) poursuit la prise en charge des enfants malnutris dans plusieurs structures sanitaires de la province. En 2025, 53 000 enfants ont bénéficié de soins pour malnutrition dans des structures soutenues par l’organisation en RDC. Entre janvier et août 2026, plus de 33 000 patients ont déjà été pris en charge au Nord-Kivu.
À Walikale, où la situation alimentaire demeure particulièrement préoccupante, Thérèse, 20 ans, vit avec ses deux enfants après avoir fui Mpofi, dans une zone affectée par les combats. Sa fille Biella, malade depuis sa naissance, est actuellement soignée pour une malnutrition aiguë sévère à l’Hôpital général de référence de Walikale, soutenu par MSF.
La jeune mère raconte avoir passé une période dans la forêt avec ses enfants, exposée au froid et aux pluies. Une analyse menée en novembre 2025 par le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF avait évalué à 46 % le taux de malnutrition aiguë globale dans la zone de Walikale, qualifiant la situation d’urgente.
Les conséquences des déplacements se font également sentir sur les moyens de subsistance. De nombreuses familles qui dépendaient de l’agriculture ont perdu l’accès à leurs champs en raison de l’insécurité. Les violences et les difficultés d’accès aux terres contraignent les ménages à dépendre davantage des marchés, alors que les prix augmentent et que l’approvisionnement devient plus incertain.
Jawadi, 32 ans, arrivée de Bunyakiri avec sa famille, explique notamment que l’accès à ses champs lui permettait auparavant de produire sa propre nourriture, une possibilité devenue difficile depuis son déplacement.
L’acheminement des produits essentiels est lui aussi perturbé par l’état des routes et l’insécurité sur certains axes. Selon le Dr Fabien Kabongo, coordinateur médical adjoint de MSF au Nord-Kivu, le recours aux vols humanitaires permet de desservir certaines zones difficiles d’accès, mais cette solution reste coûteuse et complexe.
À Kachehembe, Chantal Hakishimana, mère de sept enfants, témoigne également des difficultés rencontrées pour accéder aux terres cultivables, dont une partie est désormais consacrée au pâturage du bétail.
Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de 26 millions de personnes en RDC étaient confrontées à des niveaux de crise ou d’urgence alimentaire en 2025, dont près de quatre millions au Nord-Kivu.
Face à cette situation, MSF soutient plusieurs structures sanitaires notamment à Mweso, Walikale, Kibirizi, Masisi et Bambo, avec des unités de nutrition thérapeutique intensive et des services de prise en charge ambulatoire.
Une évaluation menée par MSF en mars 2026 à Katoyi avait par ailleurs révélé qu’environ un enfant sur quatre parmi ceux dépistés souffrait de malnutrition aiguë, entraînant le lancement d’une intervention d’urgence.
Cette situation intervient alors que les financements humanitaires diminuent fortement. L’UNICEF indique que seuls 4,3 % des besoins de financement prévus en 2025 pour les interventions de sécurité alimentaire avaient été couverts en RDC.
Dans plusieurs zones du Nord-Kivu, la disponibilité des médicaments essentiels et des aliments thérapeutiques reste limitée. Cette situation peut retarder l’accès aux soins et exposer davantage les enfants malnutris aux infections, notamment le paludisme, la rougeole et la tuberculose.
MSF appelle ainsi à un financement humanitaire durable pour garantir le dépistage, l’alimentation thérapeutique et la prise en charge médicale des enfants touchés, tout en rappelant qu’une seule organisation ne peut répondre à l’ensemble des besoins humanitaires de la province.
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