Fact-checking au Sud-Kivu : l’AFEM appelle les journalistes à vérifier, recouper, documenter et rester prudents face à la désinformation

L’Association des Femmes des Médias (AFEM) a clôturé, mercredi 27 août 2026 à Bukavu, une formation de trois jours consacrée au fact-checking, c’est-à-dire à la vérification des faits et des contenus numériques. La session a réuni 30 journalistes de Bukavu et des territoires de Kalehe, Idjwi et Walungu, dans le but de renforcer leurs capacités face à la propagation croissante de fausses informations sur les réseaux sociaux.
Les travaux pratiques ont notamment porté sur l’authentification des images, des vidéos et d’autres contenus numériques. Les participants ont découvert plusieurs outils, dont Google Lens, TinEye, Yandex et PimEyes pour la recherche d’images, ainsi qu’InVID pour l’analyse vidéo. La détection de contenus susceptibles d’avoir été manipulés ou générés par l’intelligence artificielle a également été abordée à travers Hive Moderation et FotoForensics.
Le recoupement des sources a constitué un autre axe important de la session. Les journalistes ont été initiés à l’utilisation de différents outils numériques et d’intelligence artificielle, notamment ChatGPT, Perplexity et Gemini. Ils ont également été sensibilisés à la distinction entre sources primaires et secondaires, avec un principe essentiel : ne pas publier une information sans l’avoir préalablement confrontée à d’autres sources fiables.
La troisième journée a été consacrée à la rédaction des articles de fact-checking. Les participants ont appris à structurer une production de vérification, du titre à la conclusion, en passant par la présentation de l’information examinée, les méthodes employées et les éléments de preuve.
Selon Gustave Katsuva, journaliste et fact-checker basé à Goma, chaque organisation spécialisée dans la vérification des faits peut avoir sa propre approche rédactionnelle. Celle-ci se manifeste notamment dans le choix du vocabulaire, le ton, la construction des arguments et la présentation des preuves.
Les journalistes ont aussi été familiarisés avec différentes qualifications utilisées dans le fact-checking, parmi lesquelles « Faux », « Partiellement faux », « Contexte manquant », « Canular », « Satire » et « Manipulée ». Ces catégories permettent de déterminer avec davantage de précision la nature d’un contenu après son examen.
La conservation des preuves a également occupé une place importante dans les échanges. Gustave Katsuva a recommandé de documenter chaque démarche de vérification à l’aide de captures d’écran et d’outils d’archivage numérique tels qu’Archive.today. Cette pratique permet de conserver les éléments ayant conduit aux conclusions et de renforcer la crédibilité du travail journalistique.
À la clôture de la formation, Prisca Bukarhaba, déléguée de l’AFEM, a salué l’engagement des participants et les a exhortés à mettre en pratique les connaissances acquises. Elle les a encouragés à produire régulièrement des contenus fiables afin de contribuer à la correction des rumeurs et à une meilleure information du public.
Dans un contexte sécuritaire difficile, elle a par ailleurs insisté sur le professionnalisme et la prudence dans la collecte et le traitement de l’information. La protection des sources et la sécurité des journalistes doivent, selon elle, rester des priorités.
Estimant que trois jours ne suffisent pas à maîtriser l’ensemble des techniques abordées, Prisca Bukarhaba a invité les participants à maintenir le contact avec le formateur afin de poursuivre leur apprentissage. L’AFEM a, de son côté, réaffirmé sa disponibilité à accompagner les professionnels des médias ayant pris part à cette session.
Au terme de l’atelier, les participants se sont engagés à intégrer davantage les réflexes de vérification, de recoupement et d’archivage dans leur travail quotidien, notamment avant de relayer des informations provenant des réseaux sociaux ou des groupes de discussion.
L’AFEM invite ainsi les journalistes et les rédactions locales à privilégier une démarche fondée sur la vérification des faits, la confrontation des sources, la conservation des preuves et la prudence, plutôt que sur la simple reprise des contenus circulant en ligne. Une approche jugée essentielle pour limiter la propagation de la désinformation et consolider la confiance du public envers les médias.
Organisée du 25 au 27 août 2026 dans la salle de la Mission suédoise, sur l’avenue Kalehe à Bukavu, cette formation a bénéficié de l’appui financier de la Coopération suisse (DDC), dans le cadre du projet « Médias professionnels et inclusifs pour la promotion de la redevabilité sociale, de la démocratie et de la bonne gouvernance ».
Pascal Mushiarhamina



