Nord-Kivu : Bambo déborde sous l’afflux des déplacés, la faim et les maladies menacent

À Bambo, dans le Nord-Kivu, la crise humanitaire atteint un niveau alarmant. Plus de 51 000 personnes, fuyant les violences armées dans le territoire de Rutshuru, ont trouvé refuge dans cette ville, où les abris sont surpeuplés et la faim s’aggrave de jour en jour.
Les familles déplacées, majoritairement des femmes et des enfants, vivent entassées dans des écoles, des églises et des bâtiments inoccupés, dans des conditions précaires. « Il est difficile de dormir, il y a trop de monde ici. Les enfants ont tellement faim », témoigne Kinoko, mère de six enfants, contrainte de fuir son village après que des groupes armés ont pillé ses récoltes.
Depuis mai, la population de Bambo a presque doublé, représentant aujourd’hui plus de 80 % des habitants de la ville. Cette augmentation soudaine exerce une pression insupportable sur les ressources déjà limitées. Le prix des haricots a doublé sur le marché local, alors que de nombreux déplacés peinent à trouver du travail, ne gagnant souvent pas plus d’un dollar par jour.
Les combats entre le M23, les FDLR et les milices locales se poursuivent dans les zones environnantes, rendant impossible le retour des déplacés. Les témoignages de violences et de pillages se multiplient, laissant de nombreux survivants profondément traumatisés.
« Ils ont attrapé un coq et l’ont égorgé devant moi, comme pour dire que je serais la prochaine », confie une femme qui a réussi à s’échapper après avoir perdu deux membres de sa famille.
Sur le plan sanitaire, la situation se détériore rapidement. Médecins Sans Frontières (MSF), l’un des rares acteurs médicaux présents dans la région, soigne actuellement près de 3 700 patients par semaine, soit une hausse de 40 % par rapport à la période précédant les déplacements massifs.

Les cliniques rapportent une explosion des cas de paludisme, de malnutrition, de maladies diarrhéiques et d’infections respiratoires. Les services de prise en charge de la malnutrition affichent un taux d’occupation supérieur à 100 %, et les victimes de violences sexuelles affluent chaque semaine.
Cette dégradation est accentuée par la réduction des financements humanitaires internationaux, notamment le retrait de l’USAID, qui a poussé le programme national de lutte contre le paludisme à suspendre ses activités dans la zone. Les autorités locales disposent désormais de moins de moyens pour répondre aux urgences sanitaires, traiter la malnutrition ou assurer l’accès aux soins de base.
« Des interventions urgentes sont nécessaires non seulement dans le domaine médical, mais aussi pour l’eau, l’assainissement, l’alimentation et l’hébergement. Sans une action globale, le risque d’épidémies augmentera », prévient François Calas, chef des programmes MSF au Nord-Kivu.
Bambo est aujourd’hui un refuge fragile pour des milliers de personnes fuyant la violence, mais sans une mobilisation accrue des acteurs humanitaires, la ville risque de devenir le théâtre d’une catastrophe humanitaire silencieuse.
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