Argentine : la diaspora congolaise dénonce des injustices et des abus au sein de l’ambassade de la RDC à Buenos Aires

L’Association des Congolais d’Argentine (ACDA) a adressé une plainte officielle aux plus hautes autorités de la République Démocratique du Congo, notamment au Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et à la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka.
L’association y dénonce une série de dysfonctionnements graves et d’injustices persistantes au sein de l’ambassade de la RDC en Argentine.
Dans cette lettre datée du 9 juin 2025, la diaspora congolaise exprime sa profonde inquiétude face à ce qu’elle qualifie de « détérioration institutionnelle » et de « flagrantes injustices », qui, selon l’ACDA, compromettent la dignité et la solidarité de la communauté congolaise vivant en Argentine.
L’ACDA affirme que, dès 2023, une demande adressée à la communauté pour retirer ses biens des locaux de l’ambassade a été suivie d’une interdiction d’accès à ces mêmes locaux. Cette mesure a été perçue comme une volonté délibérée d’exclure une partie de la diaspora, ce qui a conduit à la création d’une structure parallèle, baptisée « Association des Congolais Unis d’Argentine », dont l’origine et les objectifs restent flous.
L’ACDA dénonce ce qu’elle considère comme un processus opaque, porté par des motivations cachées. L’association accuse également l’ambassade de se comporter comme une propriété privée, où certains compatriotes sont ignorés ou même humiliés dans leurs démarches administratives.
Deux cas illustrent ces accusations. D’abord, le Père Roger Mukadi aurait été contraint de rester sous la pluie alors qu’il tentait d’accomplir une formalité administrative ordinaire. Ensuite, Mademoiselle Kavira Nguru Charline se serait vu refuser un titre de séjour sous prétexte de demande tardive.
Elle aurait par la suite été contrainte de payer 1 000 dollars américains pour obtenir un passeport et un billet d’avion. Ces faits sont qualifiés par l’ACDA de traitements « inhumains, arbitraires et incompatibles avec la mission d’un représentant diplomatique ».
L’ACDA déplore également que l’ambassade ne remplisse plus son rôle de représentation et d’unification. Contrairement aux années précédentes, les Congolais d’Argentine ne se réunissent plus pour célébrer les fêtes nationales, comme le Nouvel An. Ce désengagement est perçu comme un signal alarmant de désintégration de la cohésion communautaire.
La plainte s’attarde également sur le licenciement de Monsieur Nengumbi Sukama Célestin, comptable congolais au sein de l’ambassade pendant plus de douze ans. Ce renvoi, survenu le 13 janvier 2025, a été justifié par des raisons budgétaires et techniques.
Pourtant, une note émanant de l’ambassadeur, signée le même jour, confiait à M. Sukama la responsabilité des relations avec les Congolais vivant en Argentine. L’ACDA souligne que M. Sukama est un intellectuel engagé, reconnu pour son action contre le racisme et sa défense des valeurs africaines. Son départ est considéré comme une perte importante pour la communauté, et une preuve de la marginalisation des compétences locales.
Selon l’ACDA, la gestion actuelle de l’ambassade viole plusieurs dispositions fondamentales de la Constitution congolaise ainsi que de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961. L’Article 63 de la Constitution stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à toute action portant atteinte à l’unité nationale ou aux lois du pays.
L’Article 214 précise que les ambassadeurs représentent le Président de la République. De son côté, l’Article 3, alinéa 1b de la Convention de Vienne rappelle que l’une des fonctions d’une mission diplomatique est de protéger les intérêts des ressortissants de l’État accréditant.
Enfin, l’Article 41 impose aux agents diplomatiques de respecter les lois du pays hôte et de ne pas s’immiscer dans ses affaires internes. Ces principes, estime l’ACDA, sont « régulièrement bafoués » dans la gestion actuelle de l’ambassade de la RDC à Buenos Aires.
En conclusion, l’Association des Congolais d’Argentine appelle l’ambassadeur Daniel Marius Cibangu Kasonga à revoir en profondeur sa manière de gérer l’institution diplomatique.
Elle réaffirme son attachement à la République, son engagement pour un Congo uni et son souhait d’un climat de respect, de dignité et de coopération entre les autorités et la diaspora.
Signalons que, la lettre de plainte est signée par la Présidente de l’ACDA, Martine Kyakimunra Kitsa, la Secrétaire Deborah Nzeha Basi, ainsi que le Vice-Président Lucien Mokili.
Rédaction



