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Lualaba : Yannick Sosongo, l’« empereur » de Kisenge Manganèse, éclaboussé par un scandale du siècle

Au cœur du territoire de Dilolo, dans la province du Lualaba, la Société Commerciale de Kisenge Manganèse (SCKM-Mn) traverse une zone de turbulence sans précédent.

Son directeur général, Yannick Sosongo, longtemps présenté comme « l’empereur » du manganèse, se retrouve au centre d’un scandale mêlant corruption, détournement de fonds et contrats illégaux.

Un patrimoine public bradé

Selon un mémo adressé au ministère du Portefeuille, Yannick Sosongo aurait cédé 65 % du capital de la SCKM-Mn à la société Taurian Manganèse S.A. en 2023, sans passer par un appel d’offres.

En contrepartie, un prêt de 7 millions de dollars aurait été obtenu, assorti d’un bonus de 3 millions, incluant trois mines, un stock de 2,4 millions de tonnes de manganèse brut et plusieurs infrastructures stratégiques.

Pour la société civile locale, cet accord constitue une trahison économique.

« Ce contrat viole clairement les principes de la passation des marchés publics », dénonce le pasteur Le Bon Mubenga, figure influente de la société civile de Dilolo.

Un document consulté par la rédaction confirme une durée de validité de 99 ans, jugée inacceptable par plusieurs observateurs qui y voient une aliénation à long terme d’un patrimoine national.

Des finances opaques et des millions disparus

Alors que des centaines d’agents de la SCKM-Mn vivent sans salaires ni indemnités de fin de carrière, la gestion financière du directeur général suscite de vives inquiétudes.

Des sources internes évoquent la disparition de plus de 5 millions de dollars entre 2023 et 2025, sur un budget global de 9,8 millions destiné aux opérations de la société.

« Pendant que les retraités survivent dans la misère, le directeur général s’enrichit sur le dos du patrimoine public », accuse un responsable local.

Un mémo des retraités de la société mentionne près de 200 mois d’arriérés de salaire, dénonçant une absence totale de volonté de la direction à régulariser la situation.

Des permis miniers cédés en violation de la loi

Outre le manganèse, six permis aurifères auraient été attribués illégalement à la société TSM, toujours sans procédure d’appel d’offres.

Quatre licences d’exploitation, couvrant près de 18 000 km², auraient également été transférées frauduleusement alors qu’elles étaient initialement gérées par Cluf Mining.

« C’est une manœuvre visant à privatiser illégalement des ressources stratégiques de l’État », affirme un cadre du service des Mines basé à Kisenge.

La société civile hausse le ton

Face à ce qu’elle qualifie de « prédation organisée », la société civile du Lualaba réclame des comptes.

L’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH ASBL) exige la publication intégrale des contrats conclus avec les entreprises SHAZ TIARELI et Taurian Manganèse, jugés opaques et contraires à l’intérêt public.

 « Les revenus issus du manganèse ne profitent ni aux travailleurs ni à la population locale. Tout est détourné au sommet », déplore un membre de l’IBGDH.

Kisenge, symbole d’un abandon total

Malgré ses richesses naturelles, Kisenge demeure plongée dans la pauvreté.
Le territoire manque d’écoles, d’hôpitaux, d’eau potable et d’électricité.

« Kisenge est oublié. Les gens meurent de fièvre typhoïde à cause de l’eau impropre à la consommation », alerte Joël Ndoji, coordinateur national des jeunes ressortissants de Kisenge Manganèse.

« Le seul souhait des habitants est le départ du tout-puissant DG Sosongo, symbole d’un esclavagisme moderne », renchérit un représentant local.

Située dans le groupement de Sakayongo, secteur de Lulua-Lukoshi, la SCKM-Mn se trouve à environ 750 km de Lubumbashi et 430 km de Kolwezi, deux pôles miniers stratégiques du pays.

Vers une enquête nationale ?

-La société civile réclame désormais :

-un audit de l’Inspection Générale des Finances (IGF) ;

-la création d’une commission d’enquête par le ministère du Portefeuille ;

-et l’intervention d’experts indépendants pour examiner les contrats signés sous la direction Sosongo.

Un test pour Kinshasa

Alors que la RDC ambitionne de jouer un rôle majeur dans la transition énergétique mondiale, le dossier Kisenge Manganèse révèle la persistance d’une gestion opaque et prédatrice des ressources nationales.

La question demeure : Kinshasa osera-t-elle ouvrir une enquête transparente sur ce scandale du siècle, ou laissera-t-elle, une fois de plus, le silence couvrir la prédation ?

Rédaction

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