Sud-Kivu : quand l’abandon des routes met Fizi à l’épreuve

Dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, la dégradation avancée de la Route nationale n°5, sur le tronçon Kalundja-Écibé, dépasse le simple inconfort des usagers pour devenir un révélateur inquiétant des fragilités structurelles de l’État.
À travers une alerte rendue publique le 22 avril 2026, la Coordination territoriale du mouvement citoyen Machozi ya Raïya tire la sonnette d’alarme sur une situation qui menace à la fois la sécurité, l’économie locale et les efforts en cours sur le terrain.
« La situation actuelle de la RN5 sur le tronçon Kalundja-Écibé est extrêmement préoccupante. Nous assistons à une dégradation qui met en danger la vie des usagers et paralyse les activités socio-économiques de toute la zone. Cette route est vitale, non seulement pour les populations locales, mais aussi pour les opérations stratégiques en cours. Nous appelons les autorités à agir sans délai afin d’éviter le pire. L’inaction prolongée ne fera qu’aggraver une crise déjà critique », a déclaré le coordonnateur du MCMR-Fizi, Angele Isanganino contacté par Estnews.info.
En pleine saison des pluies, ce tronçon stratégique reliant la commune de Kalundja, dans la ville de Baraka, à Écibé, dans le secteur de Mutambala, est devenu quasiment impraticable. Camions, motards et autres usagers peinent à circuler, ralentissant considérablement les échanges et compliquant davantage le quotidien des populations. Plus préoccupant encore, cette route constitue un axe logistique important pour l’acheminement de divers appuis vers les zones de Lokéci, Mkoko et Point Zéro.
« Nous souffrons énormément sur cet axe. Le trajet est devenu long, coûteux et dangereux avec l’insécurité, surtout pendant la pluie. Parfois, on passe des heures bloqués dans la boue sans aucune assistance. Nous demandons vraiment aux autorités de penser à nous », confie un usager fréquentant régulièrement cet itinéraire.
Face à cette impraticabilité, les transporteurs ont été contraints de se rabattre sur l’itinéraire Katanga-Mukera pour atteindre Fizi Centre, allongeant ainsi les distances et les coûts. Ce détour, autrefois réservé aux agriculteurs accompagnés de leurs familles, est aujourd’hui saturé et devenu inadapté à un trafic aussi intense. La cohabitation entre usagers locaux et conducteurs assurant les liaisons Baraka-Mulima et Baraka-Point Zéro y crée un environnement à haut risque.
À cela s’ajoute la circulation régulière des véhicules des forces armées, souvent sans signalisation préalable, accentuant les risques d’accidents sur une voie déjà précaire. Cette situation illustre, une fois de plus, les conséquences d’un déficit d’entretien des infrastructures dans une zone pourtant stratégique.
Au-delà du constat, c’est la question de la responsabilité publique qui est posée. Comment expliquer qu’un axe d’une telle importance soit laissé à l’abandon, au point de compromettre à la fois la sécurité des populations et le bon déroulement des activités économiques et logistiques ? L’alerte lancée par Machozi ya Raïya met en lumière l’urgence d’une réponse coordonnée et efficace des autorités.
La réhabilitation du tronçon Kalundja-Écibé ne relève plus d’un simple projet d’aménagement, mais d’une nécessité immédiate. Elle conditionne la réduction des risques d’accidents, la fluidité des échanges et la survie même de certaines activités agricoles locales, notamment celles dépendant du raccourci Katanga-Sémbé.
Pour clore, l’état de la RN5 à Fizi interpelle sur la capacité des pouvoirs publics à répondre aux besoins essentiels des citoyens. À défaut d’une intervention rapide, cette route pourrait bien devenir le symbole d’un abandon aux conséquences multiples, où l’inaction coûte chaque jour un peu plus cher à la population.
Pascal Mushiarhamina



