Bukavu : « viens lessiver mes vareuses », le langage codé qui expose des femmes vulnérables à l’exploitation sexuelle

À Kimuti, sur les avenues Pesage 1, Pesage 2 et Pageco, à Bukavu, des femmes se rassemblent chaque jour à la recherche de petits travaux pour subvenir aux besoins de leurs familles. Certaines viennent de Kabare, Panzi, Ciriri, Cikonyi ou Walungu, d’autres ont fui les violences liées aux conflits armés. Pour quelques milliers de francs congolais, elles lavent des habits, transportent de la terre ou exécutent d’autres tâches pénibles.
Mais derrière cette quête quotidienne de revenus se cache une autre forme de violence. Des hommes profitent de leur vulnérabilité économique pour leur proposer, sous couvert d’un travail domestique, des relations sexuelles. L’expression « viens lessiver mes vareuses », apparemment anodine, est devenue pour certaines femmes un langage codé utilisé pour masquer ces propositions.
Ntakwinja Nshangalumu, 37 ans, nom d’emprunt, raconte avoir accepté une proposition après qu’un homme lui a promis de l’aider à prendre en charge ses enfants. « Si j’avais un vrai travail, jamais je n’irais dans ces humiliations », témoigne-t-elle.
Sofia Magenga, autre nom d’emprunt, originaire de Walungu et installée à Cikonyi, décrit une situation similaire. Après avoir fui la guerre, elle dit vivre une autre forme de violence liée à la précarité. Elle souhaite disposer d’une activité lui permettant de quitter cet environnement.
Pour Mithila Ponga Marie, cheffe de bureau Genre, Famille et Enfant, plusieurs femmes subissent ces abus en silence, notamment par peur, honte ou manque d’information sur les mécanismes de dénonciation. Le psychologue clinicien Olivier Mufungizi souligne également les conséquences psychologiques possibles et recommande une prise en charge psychologique, médicale et sociale.
Le sociologue Emmanuel Akonkwa Nfizi estime que l’autonomisation économique constitue l’une des réponses essentielles. Il préconise notamment la création de coopératives féminines, l’accès au crédit et la formation professionnelle. Solange Lwashiga, du caucus des femmes du Sud-Kivu, appelle pour sa part à renforcer les mécanismes de protection et de dénonciation.
Ces pistes placent les femmes au cœur de la recherche de solutions. Au-delà de la protection contre les violences, leur accès à un travail décent et à une autonomie financière peut réduire leur dépendance envers ceux qui exploitent leur précarité.
À Bukavu, ces travailleuses ne demandent pas la pitié. Elles réclament surtout la possibilité de gagner leur vie dans la dignité, sans chantage ni humiliation. Leur situation montre que la lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par leur autonomisation économique, leur participation aux mécanismes communautaires de protection et la mise en place de réponses institutionnelles accessibles.
En donnant de la visibilité à cette réalité, le journalisme peut contribuer à briser le silence et à encourager des solutions durables pour la sécurité, la dignité et l’autonomie des femmes.
Pascal Mushiarhamina



